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Les crabes dansent au Croisic

Les crabes dansent au Croisic

Je ne guérirai pas, mais je vis gaillardement (la plupart du temps) : FAUT PAS GÂCHER !

Le jour où je suis "montée" à la capitale.

On m'aurait dit que j'irais un jour prendre l'air à Paris, j'aurais bien ri !
C'est pourtant ce que je fais mardi dernier.

Invitée par Gustave Roussy. J'hésite tout de même : Paris, c'est pas la porte à côté pour mes os fatigués. 5 heures de route, quasi. Et puis le voyage n'est pas gratuit... Je ne gagne plus le salaire d'avant la maladie... Je réfléchis... Et pis crotte, j'y vais ! Je veux aller jusqu'au bout de cette collecte que j'ai lancée au début du mois d'octobre rose, pour la recherche contre le cancer du néné. Sur covoiturage.fr, je propose mon trajet. Ca me fera de la compagnie et moins cher le transport. Quelques heures sur le site et les 3 places proposées trouvent preneurs. Je ne peux plus reculer. Mardi en début d'après midi, je dépose les petits hommes à l'animation organisée par la librairie d'ici avec l'auteur d'un livre pour enfants tout juste édité. Je partage un dernier café avec mon homme au Skipper. Et zou, à moi Paris ! Je vais rester 2 jours. Et 2 nuits.

Le jour où je suis "montée" à la capitale.

Je passe la première chez Marion, mon "amie de peinture". Marion peint. Moi je barbouille. Et j'aime la peinture. Et j'aime celle de Marion. C'est une peinture généreuse. Elle vous cueille avec le sourire et vous fait voyager. "La cabane dans les arbres", "Le crocodile bleu", "A l'heure où les girafes se promènent"... Marion me ballade. Marion me ramène à l'enfance, à mes îles, à mes rêves. Marion me fait aussi la surprise de m'offrir sa dernière toile. Elle l'a peinte pour moi. C'est l'océan, le corail, les gorgones bleues, les murs blanchis à la chaux de la Méditerranée. Comment fait-elle pour toucher pile ce qui me touche, encore une fois ? (Bientôt, mon homme plongera en Espagne et j'en serai privée. Avec mes poumons ratatinés par les métastases, je ne suis plus capable de ces descentes vertigineuses dans le bleu). Nous décidons d'appeler ce tableau "Le grand bleu". Marion me le dédicace, comme tous les autres. Ce tableau, c'est lui qui vous accueille à la maison désormais. Je l'ai accroché dans l'entrée.

Je passe la seconde nuit chez Manue. Mon "amie de grande école", mon amie d'études à Bordeaux... et de fêtes à Madrid. Elle est très, très occupée par son métier ma Manue. Elle a la vie que j'ai laissée derrière moi. Le métier qui accapare. L'appartement dans Paris que l'on retrouve tard le soir. Le week-end pour souffler. Je voudrais qu'elle prenne soin d'elle ma Manue. Davantage. Je sais que ce n'est pas simple. Mais je voudrais qu'elle prenne soin d'elle. Pour commencer ce soir, elle prend le temps d'un bon diner avec moi, dans un bistrot sympathique de son quartier. Je me fais plaisir. Je choisis au menu, ce que je n'ai plus l'occasion de manger dans les restaurants de ma vie provinciale. Un cheeseburger, le vrai. Avec les oignons rouges et frais, le steack juteux entre les 2 pains ronds et les frites maison coupées bien larges. Et un New York cheese cake ! Mon gâteau préféré de tous les temps, que quand je le vois à la carte, je ne réfléchis plus, c'est lui que je prends ! Et je me régale. Je ne suis pas certaine que ma Manue apprécie la soirée autant que moi. Elle a un dossier à rendre le lendemain avant midi. Je me mets à sa place. Ca n'aide pas à se détendre. Et le matin suivant, elle se réveille avec une migraine terrible. Saloperie de travail qui mine la santé. Je suis contente d'avoir tourné le dos l'an dernier, à cette vie qui n'en est pas une. Et je me fais du soucis pour mon amie qui trime encore sans que personne ne s'en émeuve dans son entreprise. Fais attention à toi ma Manue.

Le jour où je suis "montée" à la capitale. Le jour où je suis "montée" à la capitale.

Entre ces 2 nuits, je suis allée à Gustave Roussy.
Je retrouve le chemin de l'hôpital comme si je l'avais quitté la veille. L'arrivée tarabiscotée rue Camille Desmoulins, le parking immense et néanmoins bondé, la tour imposante et les lettres géantes sur la façade... Je suis incapable de poser des mots sur ce que je ressens en revenant ici. L'hôpital du retour à la maladie, à la souffrance des traitements, au deuil du corps intact. L'hôpital des pleurs, de la déchéance, du trou et du fond. L'hôpital de la reconstruction. Comme on peut. Avec ce qu'on a, ce qui nous reste, et le mouchoir que l'on met sur tout le reste. Je ne suis pas revenue depuis... deux ans peut-être ? Rien n'est oublié. Tout est là. C'est à cela que je pense dans l'ascenseur C jusqu'au 15ème étage. Et je me demande aussi ce qui m'attend au 15ème étage ! Le 15ème, c'est la Direction Générale. Je sais à peu près à quoi m'attendre à tous les niveaux. Mais au 15ème... Mystère...

Le jour où je suis "montée" à la capitale. Le jour où je suis "montée" à la capitale.

Les portes s'ouvrent sur un univers plutôt gris et pas bien grand. Comme si la hauteur rapprochait les murs de la tour dans les étages. Un couloir en L. Quelques portes. Peu de monde dans les bureaux. Il est 18 heures. Mais une vingtaine de personnes dans une salle de réunion. Je m'attendais à un rassemblement dans un hall immense, des buffets, des petits fours, des coupes de champagne... Rien de cela en réalité. Une petite pièce carrée. Une ligne de fenêtres face à l'entrée. Une rangée de tables nappées de blanc à droite. Quelques macarons. Du jus d'orange. Du champagne aussi. Mais rien de l'abondance imaginée. Pas de distance non plus entre les hôtes et les convives. Le professeur Alexander Eggermont, qui est aussi le Directeur Général de Gustave Roussy, est un sacré bout en train dont les facéties mettent tout le monde à l'aise. Il parle, décrit, remercie, rit, fait rire, se reprend. Son assistante le corrige gentiment. Il poursuit, rit de nouveau, fait rire encore.

On applaudit les résultats de la collecte. 420 000 euros. Et ceux qui y ont contribué. Il y a là deux des meilleurs coureurs du circuit Odysséa couru le 6 octobre. Ils étaient 32 000 participants au départ de l'Esplanade du château de Vincennes. Toutes les inscriptions ont été reversées à Gustave Roussy. Le Printemps Nation a donné 70 000 euros d'une journée de "shopping solidaire". De grands groupes comme Dassault, Dell, Natixis font aussi partie des mécènes.

... Et il y a nous ! 40 donateurs autour de moi durant ce mois d'octobre. Ensemble, nous avons versé 2380 euros. Et dire que je visais 500 euros au départ... Nous sommes la liste qui a le plus rassemblé sur internet. On nous remercie chaudement. On nous applaudit. Le professeur Eggermont me claque la bise. Et je me dis que je suis fière d'avoir 40 amis vrais, mobilisés pour me sauver la mise.

Gustave Roussy est pionnier dans la recherche des médecines personnalisées pour le cancer du sein. En 2011, ils ont initié un essai clinique national, des biopsie de métastases chez 500 femmes, pour identifier le profil des anomalies moléculaires et orienter les traitements en conséquence.

Pour 2013, les fonds collectés ensemble permettront de :

  • poursuivre la mise en place de la banque de prélèvements tumoraux. Dans le but cette fois de mieux comprendre ce qui peut prédisposer une femme au cancer du sein.
  • participer à l’achat d’un nouvel équipement de laboratoire appelé « PCR » (Polymerase Chain Reaction).

L’amélioration de la connaissance et des traitements des cancers rares et/ou complexes du sein par le séquençage de leur génome entier est un nouvel axe de recherche que la collecte d'octobre rose contribuera aussi à financer.

En 5 ans, ce sont plus de 1,5 million d’euros qui ont été versés à Gustave Roussy. Charge à nous de continuer.

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