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Les crabes dansent au Croisic

Les crabes dansent au Croisic

Je ne guérirai pas, mais je vis gaillardement (la plupart du temps) : FAUT PAS GÂCHER !

Encore un anniversaire !

Encore un anniversaire !

Ce soir, je souffle les bougies de mon 47ème gâteau. Youpi. Pour être tout à fait franche, je voudrais bien en avoir une bonne quinzaine de moins sur le Tiramisu. J'aurais pas les rides, pas l'écorce fine, fatiguée, distendue par les oestrogènes partis voir ailleurs si j'y étais avec mes ovaires. J'aurais pas le poitrail tailladé, ni le dos, ni les 11 coutures réparties partout sur le cuir. J'aurais pas les acouphènes, les tendinites, les poussées d'arthrite. J'aurais pas mal derrière, en haut, en bas et au milieu. Ni devant non plus d'ailleurs. J'aurais la tignasse fournie et folle. J'aurais mes 2 jolies pommes, pleines, portées bien haut avec les tétons petits et pointus. Je ferais des galipettes. Je serais vive du cerveau comme Fantomette. Je serais à peu près comme ça :

Telle que tu me vois là, j'ai 33 ans et la vie devant moi (que je crois)

Telle que tu me vois là, j'ai 33 ans et la vie devant moi (que je crois)

Mais si j'avais 33 ans, j'aurais pas ça :

Encore un anniversaire !

Ni ça :

Encore un anniversaire !

Et pas ça non plus :

Encore un anniversaire !
Encore un anniversaire !

Alors la toute jeunesse et la vie à perte de vue devant, sûr que c'est chouette.
Mais la vie d'aujourd'hui, même farcie de maladie, ben je me la prends et je me la fignole ! 

Avant hier, on me demandait comment j'avais encaissé "l'annonce", comme ils disent, les gens du métier. Ben comme tout le monde. Je me suis effondrée. Le jour, mâchoire vérouilée : tenir devant les petits hommes. La nuit, les yeux ouverts, ruisselants sur les joues et l'oreiller. Les poings sur les draps. J'étais en colère ! Papa et Maman m'avaient dit quand j'étais petite : "les efforts sont récompensés, on a ce qu'on mérite". Foutaises ! J'ai fait tout comme il fallait. La vie saine, sportive, sans cigarette, les légumes et les fruits... Et c'est pour moi tout le caca ?! Et pourquoi le gros ventru là, celui qui fume sur le port, il a pas mes métastases aux poumons ? Et le fiéffé trou du cul de la cale, et la vieille bique du parc, pourquoi ils vivent ces emmerdeurs ? Et l'abruti et son diagnostic pourri à qui je dois la vie raccourcie ? Je voulais trucider tout le monde. Et j'étais, je suis encore, car c'est bien la seule chose que les années n'aient pas appaisée, je suis dévastée à l'idée de laisser les petits hommes avant qu'ils ne soient des hommes. Mon homme-aimé, c'est pas que je l'oublie dans l'histoire hein ? Oh que non... Mais il est grand mon homme-aimé, il a fini de se construire une carcasse solide. Les petits hommes sans moi... NON !
 
Pourquoi j'écris tout ça ce soir ? Parce que je vais souffler 47 bougies tout à l'heure. Et que depuis 4 ans bientôt que je "survis", comme ils disent encore, les professionnels du cancer pour parler des métastasés, je suis bien heureuse au fond. Malgré les métastases et les incertitudes. Cette maladie, c'est une misérable mouscaille dont on ne maîtrise rien (autre "bricole" que j'ai peiné à digérer, du fait de mon éducation volontaire et des réussites engrangées jusque là), mais ce que l'on maîtrise toujours en revanche, c'est la façon de faire face. C'est ce que je m'efforce de dire aux petits hommes d'ailleurs. Pour qu'ils soient moins à la peine que leur maman dans les épreuves qu'ils ne manqueront pas de traverser. On n'a pas ce qu'on mérite mes petits. Les efforts ne sont jamais récompensés à la hauteur de ce que l'on a donné. Il y a des injustices patentées auxquelles on ne peut rien. On peut pourtant une chose essentielle : si on ne choisit pas la situation toujours, on a toujours le choix de la réaction.

 

Je choisis de vivre bien avec les bobos !
Et je me dis que cela va durer !
Je vais en souffler, des brassées de bougies sur les gâteaux !

Isséo et bibi ! (Note qu'il fait nuit maintenant, par le vélux de mon bureau)

Isséo et bibi ! (Note qu'il fait nuit maintenant, par le vélux de mon bureau)

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