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Les crabes dansent au Croisic

Les crabes dansent au Croisic

Je ne guérirai pas, mais je vis gaillardement (la plupart du temps) : FAUT PAS GÂCHER !

Le pavé dans la mare du taureau par les cornes

Le pavé dans la mare du taureau par les cornes

Paf repavé !

 

Comme l'autre, pan dans la figure, sans que tu vois rien venir.

Il tombe à la 3ème minute et 10ème seconde de la vidéo de Norman. Je la regardais, tranquile, debout derrière mes 2 petits gaillards. Ils m'avaient demandé de rester pour la découvrir avec eux. Ils ont l'âge auquel YouTube aimante, l'âge où l'on croit que YouTubeur, c'est un métier. Norman, Cyprien, Squeezie... Tu peux pas lutter. Tu regardes au moins, histoire de faire une"traduction éducative" post visionnage... Et paf le pavé :

 

3ème minute, 10ème seconde :
Norman dit : "Ma mère s'est faite attraper par un tueur en série qui s'appelle le cancer. Elle est partie rejoindre les étoiles. Je suis sûr qu'elle me regarde de là où elle est."

 

Moi, je me racle la gorge "Argh, gulp, gasp, regulp et regasp" ; et je me dis "M... FAIT CH... À LA FIN !". Mon cerveau est en alerte rouge écarlate, comme les chaises de bureau des petits hommes. Rassemblement des neurones de la cellule de crise pour la réplique et...

 

... Et le tout petit homme pivote vers moi, dans sa chaise de bureau, rouge donc : "Maman, c'est quoi un tueur en série ?"

 

À 9 ans,

dans la phrase

"Ma mère
s'est faite attraper par un tueur en série
qui s'appelle

le cancer",

c'est le mot

"tueur en série"

que le tout petit homme
ne comprend pas ???!!!

 

Faut dire aussi que le cancer pour eux, c'est bien clair depuis l'année dernière. Alors je ravale la réplique sur le cancer, je me ravale aussi la façade pour afficher l'impassibilité pure. J'explique tueur en série.

 

Mais il va me falloir revenir avec les petits hommes sur ces pavés répétés. Empoigner le bovidé par les bois, le taureau par les cornes, je le sais. Je muris les mots à sortir. Je choisis le moment. Je le saisis, plus que je le choisis d'ailleurs. Ça se passe un mercredi, au déjeuner. Le petit homme me tend le doigt pour me montrer une rougeur qui le gêne, là. 

 

"C'est une ampoule mon grand.

- Ça fait mal, comment on la soigne, on la crève avec une aiguille ?

- Ce n'est pas nécessaire, il y a des sparadraps maintenant, des sparadraps pour les ampoules. On les colle dessus, ils y restent et quand ils se décollent, l'ampoule a disparu.

- Wouaaa... C'est bien ça... Dommage qu'il n'y ait pas des sparadraps pour le cancer.

- Ah oui, dommage, c'est vrai... Ce serait extra hein ?"

 

Silence. Je ne lâche pas la perche tendue, je continue :

 

"Ça va mes amours ?

- Ben oui !


Le tout petit homme est guilleret : il se régale de son plat préféré : chips au vinaigre, tomates cerise et jambon serrano. Là, tu te dis que le mélange détonne et c'est pas faux.

 

- Ben... c'est limite...


Son grand frère est moins catégorique. Je prends donc la pelle et je creuse dans ses sentiments : 

 

- Limite quoi, mon chéri ?

- Beeeen, limite j'ai peur : tu risques de mourir avec ce cancer.

 

Maintenant, tu te dis que cette déclaration détonne et c'est pas faux non plus. Une foutue déflagration dans la cervelle, ça me fait même. Le coeur est déflagrationné du dedans aussi. Je rassemble tout fissa pour rassurer. Le discours est rodé. Je rappelle les cancers du sein qui ne sont jamais les mêmes, les femmes toutes différentes aussi, moi qui suis bien soignée, la vie belle au bord de l'océan qui me fait un bien fou, la vie qui va durer. J'y crois. Je jure que je crois chaque mot prononcé. J'espère qu'ils me croient aussi. Je voudrais être à l'intérieur d'eux pour être sûre, débusquer et chasser les dernières craintes à coups de pied dans les fesses, claquer bien fort la porte derrière elles, en fermer tous les verroux, au moins 10 et bloquer le tout avec ce qui se fait de plus lourd. Et puis je voudrais que les pavés cessent. Ou qu'ils aillent percuter les emmerdeurs, les sales cons, les raclures qui les méritent. Pas nous. Nous, on vivrait paisible et léger. Il faudrait qu'on nous explique le mot cancer si on l'entendait. Les jours d'octobre rose où la télé, les journaux se mettraient tout d'un coup à en parler en occultant l'essentiel, on se dirait comme tout le monde que nous, on est pénard, qu'on n'est pas prêt de l'avoir, puisque qu'on mange sainement, qu'on fait du sport et tout ce qu'il faut faire pour l'éviter. Ceux qui l'ont, c'est qu'ils ont déconné, c'est forcé. Et puis de toutes façons maintenant, le cancer du sein, ça se soigne bien. C'est un petit cancer, le cancer du sein. 
 

Ici, tu te dis que j'ironise.

Et tu vois juste.

J'ai appris une méchante nouvelle ce soir. Je suis donc de méchante humeur.

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