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Les crabes dansent au Croisic

Les crabes dansent au Croisic

Je ne guérirai pas, mais je vis gaillardement (la plupart du temps) : FAUT PAS GÂCHER !

Les sympômes nom de nom, les symptômes !

Bien... (soupir, grooos groooos soupir). Dur ce matin de faire bonne figure. Je soupçonne, suis sûre de la rechute. Je hais cette sensation de trac dans la poitrine, ces papillons virevoltants dont les ailes me chatouillent le coeur de l'intérieur. Me revoilà à 8 ans au moment de m'élancer dans le bassin de Papeete pour ma première compétition de natation. Pétrie de peur sur le plot, sans possibilité de reculer.

Demain, je vais revoir le Professeur Calzone et repasser un scanner en urgence au centre anti-cancer de Nantes. C'est moi qui ai lancé l'alerte. Et peut importe les images qu'ils vont tirer du scanner. Avec ou sans métastases visibles, je sens moi, que mes poumons sont de nouveau colonisés. J'ai voulu croire aux bonnes nouvelles mercredi dernier : rien sur le scanner ni dans le sang analysé. Sauf que je reconnais tous les symptômes de l'activité tumorale. Ils étaient encore subtiles jusqu'ici. Mais depuis hier, je dois m'interrompre au milieu de mes phrases pour reprendre mon souffle et je tousse le matin au réveil...

Les symptômes priment sur les examens avec le cancer. Je le sais maintenant. L'été dernier, mon corps s'est appliqué à masquer l'invasion pendant 6 mois. Pendant 6 mois, cette saloperie de cancer vicieux progressait à couvert. J'allais mal, mon coeur s'emballait, j'étouffais. Mais rien. Echo, radio, scanner, scinti, biopsie bronchique, prise de sang... Examens normaux. J'étais incapable de raconter une histoire aux petits hommes le soir sans suffoquer, je crachais mes poumons chaque matin au réveil dans le lavabo. Mais j'allais bien !! C'est en arrivant au Croisic, qu'un scanner a enfin révélé l'envahisseur. Ses troupes invisibles occupaient mes poumons en long en large et en travers. Constellation de métastases. Et en prime, "un point suspect" au foie, comme ils disent pudiquement. Mais que de bonnes nouvelles dites moi !

Ce matin j'ai peur donc. Mais pas d'apprendre le retour de la maladie. Elle est là. Je le sais déjà. Non, j'ai peur de l'ampleur des dommages. J'ai peur de la vigueur de cette nouvelle attaque. J'ai peur que nos armes chimiques soient bien légères pour riposter. J'ai peur de ne plus avoir la combativité.

C'est "amusant", j'ai toujours pensé jusqu'ici que se soigner d'un cancer n'était pas un combat courageux, mais une nécessité imposée. Je peux sans doute "arrondir mes angles" sur le sujet aujourd'hui. Me voilà moins catégorique tout à coup. Je pressens que lorsque le cancer dure, qu'il s'invite par salves successives, quand on croit l'avoir fait reculer suffisamment pour avoir du répit, qu'il ne vous en laisse pas, qu'il revient encore et encore et plus fort... Alors oui, c'est bien un combat. Un sacré combat même ; mais contre soi même et l'envie de laisser tomber. Car il faut bien du courage oui, pour repartir au front en sachant la bataille perdue d'avance.

C'est là d'ailleurs une autre caractéristique insupportable de cette maladie pernicieuse : VOUS NE MAITRISEZ RIEN quoiqu'on vous dise pour vous motiver :

1- Vous n'avez pas choisi d'être là, vous n'avez rien demandé et on vous pousse sur le ring sans ménagement pour en prendre plein la figure. Nous en arrivons naturellement au point

2- Vous n'êtes pas le plus fort. Avouez que c'est ennuyeux. C'est ainsi : vous, petit poids plume amateur allez affronter un Mike Tyson très, très remonté. A moins d'un miracle, je ne vois pas bien Mike Tyson vous annoncer qu'il renonce à la castagne et vous gratifier d'une victoire par forfait.

3- Vous n'avez ni gants, ni coquille. A poil sur le ring pour la baston fiston. Mais c'est une question de volonté allez, il faut te battre pour y arriver.

"Il faut vous battre pour y arriver". Combien de fois ai-je entendu ce mensonge patenté dans la bouche des oncologues. Il faut oser en sortir un aussi gros quand même... Parce que LES PREUVES SONT LA MON GARS ! Il n'y a pas de survivant d'accord ?! Même Servan Schreiber a fini par y laisser sa peau. Avec panache, 20 ans de combat, bravo, c'est courageux. M'enfin le bonhomme EST MORT, MUERTO, DECEASED, DEAD !!

Oui ce matin c'est franchement dur. Je suis en colère, dégoutée, dépitée, fébrile, fragile, triste pour les miens, les petits hommes, mon homme à qui j'ai caché que je pleurais tout à l'heure. Quand il a fait irruption dans la salle de bain pour se coller contre moi, j'ai ouvert fissa le robinet pour me mouiller le visage. C'était moins une. Pour lui aussi, c'est un affreux calvaire. Il faudra que j'aborde le cancer pour l'entourage dans un autre billet. Pour l'heure, je vais promener mon corps vide et tenter de trouver de quoi m'occuper.

Les sympômes nom de nom, les symptômes !

Nuit sans sommeil au Croisic.

Je ressasse, je réfléchis... Et je peux annoncer à 4H22 de ce vendredi 21 juin que j'ai les idées bien en place :

Je suis prête pour la castagne ! Je vais vendre très chèrement ma peau (parce qu'elle le vaut bien :) et tu vas dérouiller sévère, pourriture !

Ceci étant posé, je vais pouvoir dormir maintenant.

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