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Les crabes dansent au Croisic

Les crabes dansent au Croisic

Je ne guérirai pas, mais je vis gaillardement (la plupart du temps) : FAUT PAS GÂCHER !

Auriculotorture.

Clouées les esgourdes !
Clouées les esgourdes !

Clouées les esgourdes !

 

30 mars 2010, dans l'aile de la "médecine de support" comme on dit, à Gustave Roussy.

 

La pièce se vide petit à petit des rabat joie. Je subis depuis deux heures les conversations les plus déprimantes. Faut se blinder pour les longs séjours en salle d'attente. Il y a là tout de même, une dame joviale et joufflue. Son petit tailleur rose serait bien un poil en dessous de la taille requise. N'empêche, la pink lady est coquette et sympathique :

 

"Je passe avec la dame. Madame Brulé. Elle va plus vite que le monsieur. Et puis elle n’a pas d’étudiant en médecine à former : pas de risque que des jeunots me fassent mal en plantant leurs aiguilles dans mon pavillon !"

 

 

C’est ça l’auriculothérapie.

Un peu comme de l’acupuncture. Les oreilles sont le siège des terminaisons nerveuses du corps. En toute logique, on doit pouvoir désamorcer les douleurs de mon bras droit en me piquant l’oreille... Sûr que ça parait saugrenu quand même... Mais je n’ai rien à perdre : je suis farcie d’antalgiques parfaitement inefficaces. Je souffre au point de plus dormir. L'auriculothérapie se tente !

 

C’est à moi !

 

J’avance dans le cabinet pleine à ras bord d'espoirs... et d’appréhensions aussi : la Madame va me piquer ! Elle me demande mon histoire. Je lui raconte mon histoire. Elle me demande de décrire la douleur. Je décris piètrement.

 

" C'est comme des pincements, des coups, ça lance, ça brûle. "

 

Finalement, elle résume :

 

" Des fourmillements dans la main, des douleurs nerveuses sur l’avant bras, un foyer douloureux au coude, des brûlures sous l’aisselle et à l’intérieur du bras. C'est ça ?  "

 

Elle s'y connait en douleur la Madame. Et moi à cette époque il est vrai, je débute.

 

" Sur une échelle de 1 à 10, vous la situez où, la douleur, en ce moment ?

- 7 ou 8.

- Ah tout de même. Et le soir quand ça vous lance ?

- 9. "

 

Elle m’invite à m’installer sur son lit tapissé de papier bleu. Je m’installe.

 

" Non, restez assise. Vous pouvez retirer votre collier et votre petit foulard ? "

 

Elle se place derrière moi, passe quelque chose d’humide sur ma colonne vertébrale.

 

" Vous avez mal quand je touche là ?

- Non.

- Allongez vous s’il vous plait... Tenez ceci. "

 

Je m’agrippe à une barre métallique. Qu’est ce que c’est que ce nouvel engin de torture encore ? Elle fait quelque chose dans mon oreille droite. Je ne peux pas voir : je n'ai pas d'œil dans le conduit auditif. Mais j’entends un bip, puis une piqure. Aïe, ça fait mal.

 

" Vous avez piqué là ?

- Non, pas encore. "

 

Ben zut alors. J’ai eu mal. Je n’ai pas le temps de ruminer d’avantage, une douleur très vive cette fois sur le pavillon.

 

" Là, j’ai planté mon petit clou. "

 

Ah parce que ce sont des clous maintenant ? Horreur ! Je tente une diversion en posant des questions :

 

" C’est quoi la barre de métal dans ma main ?

- C'est la masse. J’en ai besoin pour localiser la terminaison nerveuse... Vous entendez le bip ? C'est qu'elle est là. "

 

Et clac ! Re clou, re douleur ! Je commence à bien comprendre le calvaire de Jésus sur la croix. Enfin pour tout te dire quand même,  je n’ai jamais cru en son existence. Elle renouvelle l’opération… Je ne sais pas, Je ne compte pas, mais bien… Une quinzaine de fois. Pause. Et là elle me demande de me rasseoir et de toucher mon bras.

 

" C’est mieux non ? "

 

Ce faisant, elle se recule avec un sourire tout ce qu’il y a de plus satisfait. Bon, je sens un très vague mieux. Mais de là à dire que je n’ai plus mal…

 

" Rallongez vous, je vais vous faire un petit service après vente. "

 

Elle remet ça. Clac, clac, clac ! Aë, aïe, Aïe ! Je me redresse. Cette fois je lui dis que c’est parfait. Le "service après vente" n'a eu aucun effet. Mais je suis prête à annoncer que je ne souffre plus du tout grâce à sa magie vaudou, pourvu qu'elle arrête les clous ! De retour à son bureau, elle me prescrit de quoi me remplumer, des compléments protéinés, des antioxydants. Elle change le Daffalgan codéiné pour un truc aux effets secondaires moins handicapants. Je dois la revoir pour recommencer. Elle m’enverra une convocation. Je ne suis pas certaine de revenir.

 

 

Le lendemain, au service de radiologie, pour la radio N°16.

 

Mon infirmier métisse me dit bonjour. Il sourit tellement grand que je vois toutes ses dents. Il remarque mes oreilles perforées.

 

" Vous avez fait de l’auri ?

- Oui, j’ai fait une séance hier.

- J’ai fait une formation là-dessus moi... Ils ne sont pas encore tombés chez vous, les petits grappins. On dit qu’ils tombent quand la douleur s’est estompée. "

 

Je comprends donc pourquoi ils sont encore en place... Et je m’inquiète aussi de ce qu’elles ne tombent jamais, ces foutues horreurs !

 

 

Épilogue :

 

13 avril : perte du premier clou. Perte naturelle j'entends, car le vraiment tout premier fut arraché un matin, par un nettoyage trop vigoureux du pavillon. 30 avril : perte du dernier clou, un mois tout pile après le bricolage. La douleur est restée. Bon. Tant pis.

 

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