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Les crabes dansent au Croisic

Les crabes dansent au Croisic

Je ne guérirai pas, mais je vis gaillardement (la plupart du temps) : FAUT PAS GÂCHER !

Et le début ?... On l'a sauté le début !

Et le début ?... On l'a sauté le début !

 

Le début, c’est le 1er juillet 2009.

 

Un mercredi. A 14H20. Dans le cabinet de l’obstétricien qui m’a opérée quelques jours plus tôt de ce qu’il pensait être un simple fibrome. Nous sommes assis mon Homme et moi, face à lui, dans ses gros fauteuils de cuir fauve. Il sourit.

 

« Vous vous souvenez, après l’opération, je vous avais dit que j’avais un doute ».

 

Il sourit toujours. Il sourit, alors je me détends. Il sourit, c’est donc qu’il s’est trompé et qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

 

« C’est un petit cancer ».

 

Silence...

Silence pendant lequel je me dis qu’on ne devrait pas avoir le droit de sourire pour annoncer un truc pareil. C’est trompeur. C’est malhonnête. Une nouvelle, quand elle est mauvaise, on la dit en faisant la gueule. Une très sale gueule même. Merde, faut être cohérent.

 

Et je me dis aussi que treize ans après le premier cancer, cette saloperie ne devrait plus avoir le droit de revenir. Deux ans plus tard, cinq ans plus tard, je dis pas. On est encore sur le qui vive. On redoute le résultat de chaque examen de suivi. On peut encaisser une rechute en trouvant ça, presque normal. Mais là… C’est sacrément sournois de faire ça. Treize longues années… J’ai eu le temps de me marier, de divorcer, de trouver mon nouvel Homme et de me remarier. J’ai fabriqué nos deux petits hommes. J'ai eu le temps d'acheter une chouette maison et de la rendre jolie de partout, de jouer le jeu de l'entreprise, avant de perdre toutes mes illusions professionnelles. Bref, j’ai eu le temps de reprendre une vie normale et d’oublier qu’elle pouvait ne plus l’être. Alors naturellement, c'est un brin malaisé à assimiler ce qui vient de me tomber dessus. Je suis même assommée à dire vrai. Au point que l’obstétricien, je l’ai mis sourdine. Pendant qu’il discoure sur les opérations, les traitements, ce qui m’attend, mon futur, moi, je suis dans le passé. Maintenant cher lecteur, je vais faire un flash back.

 

On est en 1996, le 6 août.

 

J’ai tout juste vingt sept ans. C’est un mardi matin, très tôt. Je suis assise sur la table d’un radiologue de Nantes. Elle est froide. Il m’a laissée seule dans la salle, seule avec le cliché de ma poitrine sur l’écran. Au milieu des poumons, au milieu du noir, une masse blanche grosse comme le poing. C’est cette chose qui m’empêche de respirer depuis deux jours. Mince, c’est gros quand même. Et vu la tête du radiologue tout à l’heure, c’est pas de la gnognotte. Ah, le revoilà avec un collègue. Ça discute dans le bureau derrière la vitre. Ça discute même copieusement. Il téléphone maintenant. Un autre gars en blouse blanche arrive, puis un autre. Ça regarde ma radio. Et ça rediscute… Ils finissent à six ou sept dans leur bocal. Je n’en mène déjà pas large. Leur manège finit de me ratatiner. On ne m’a encore rien dit, mais je suis déjà malade. Le radiologue me rejoint.

 

" Vous avez des antécédents ?
- Mais des antécédents DE QUOI monsieur ?!!

 

Le pire, c’est que cet abruti ne me répond pas. Il continue son interrogatoire :

 

- Vous avez reçu un coup ?
- Non.
- Vous vous êtes cognée ?
- Non.
- Vous avez de la fièvre ?
- Non.
- Mais pourquoi pleurez vous ?"

 

Devine, Ludivine ! Alors il s’humanise un peu, tente de me rassurer, me parle d’infection du poumon et d’antibiotiques pendant quinze jours.

 

Tu parles, Charles ! Deux semaines plus tard, après moult examens et une chirurgie pour aller prélever un bout de l'allien, je bascule définitivement du côté des malades et des bons, des très très bons même. Les médaillés d'or de la maladie toutes catégories. Cancer de la lymphe. Avec un nom de baptême à te retirer toute tentation de sous estimer la bête : Lymphome du médiastin, non Hodgkinien, à grandes cellules B de haute malignité. Tant de souffrances pendant les deux années qui ont suivi... L'agressivité des perfusions, les veines empoisonnées qui font si mal, la torture de la pose de l'aiguille, encore et encore, les nausées instantanées, les nuits entrecoupées par la prise de médicaments infectes, les journées perdues, clouée au lit, groggy, les cheveux tombés par paquets partout, les crevasses, les plaies, les hémorroïdes, la constipation, les selles douloureuses, noires et dures comme la pierre, les aphtes jusque dans la gorge, les petits pots pour bébé pour seuls repas possibles, les commissures des lèvres fendues par trop de sécheresse, le goût de savon permanent dans la bouche, le dégoût de la nourriture, la langue énorme et blanche, les irritations urticantes aux yeux, les poussées de fièvre, les globules blancs en chute libre, jusqu'à l'aplasie, la transfusion, les hospitalisations prévues ou impromptues, week-ends et les jours fériés compris, la vue sur la vie au dehors depuis ma chambre de l'Hotel Dieu...

 

Tant de souffrances ont refait surface ce 1er juillet 2009, à l'annonce de mon deuxième cancer, qui était tout, sauf petit.

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