Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les crabes dansent au Croisic

Les crabes dansent au Croisic

Je ne guérirai pas, mais je vis gaillardement (la plupart du temps) : FAUT PAS GÂCHER !

Tout ça pour rien

Nous y voilà donc...


Bientôt, la réponse à la question Mais pourquoi donc ces 2 opérations de reconstruction mammaire n'ont-elles servi à rien ? Bon, je ne vais pas tournicoter autour du bocal, je te la fais à l'américaine, straite tou ze poïnte, réponse d'abord, explication ensuite : Je me suis mangé 2 fois de la charcuterie pour que dalle, parce que : la charcutière de Nantes a dit qu'avant de se lancer dans sa propre production, elle devrait se débarrasser d'abord de la fabrication d'il y a 3 ans, celle de la charcutière de Villejuif. C'est peut-être trop plein d'images et pas nettes du tout, ma révélation, exposée comme ça... Je recommence !

 

Je vais tout t'expliquer la chirurgie du néné depuis le début. Je te le refais sans allégorie. De l'histoire bien concrète. Tant pis pour les mauviettes !

 

Il y a 3 méthodes de "reconstruction"

La prothèse, comme Pamela Anderson.

La greffe autologue (de ton corps à toi) de tissus et muscle du dos (grand dorsal) ou du ventre (grand droit de l'abdomen).

La greffe de cellules graisseuses prélevées là où on fait du gras en général : le bidon et le popotin.

 

Qu'il y en ait 3, ne veut pas dire que tu as le choix

Tu feras comme on te dit, en fonction de ton état. Pour ma pomme, il n'y a pas eu à tergiverser :

pour l'implant, faut de la souplesse. Tissus ratatinés par le feu de la radiothérapie 16 ans plus tôt = pas d'implants ! Bon, tant pis. C'est bêta : c'est ce qu'il y a de plus simple et de plus réussi... à peu près.

Pour le lipofilling, faut du gras. 48 petits kilos toute habillée en janvier 2010 = pas de lipofilling ! Dommage. C'est bigrement tentant une reconstruction mammaire et une liposuccion du même coup.

Pour la greffe de tissus et muscle du ventre, faut de la brioche dans le buffet. Ventre extra plat = pas de greffe musculo-cutanée de la bedaine !

Reste la greffe du grand dorsal. Bon. C'est pas que je sois emballée-emballée, mais va pour le grand dorsal alors.

 

Il y a 3 ans

On m'a donc entaillé le dos sur près de 20 centimètres, découpé un lambeau de peau en losange (grande comme la paluche, la figure géométrique) pour le recoudre devant ; on a dégagé au bistouri le muscle dorsal, bien séparé les chairs tout autour... Et c'est maintenant que ça vire au gore hard core. Costauds, insensibles et sadiques, faites-vous plaisir : les images de la manoeuvre sont visibles sur Utube. Le muscle dorsal, la grande banane filandreuse et sanguinolente, ils ont bien tiré dessus, ils l'ont fait pivoter sous mon bras et ils l'ont replacée, refaçonnée pleine face pour me faire un soi-disant néné.

 

Atelier pâte à modeler au bloc :

"Francine, arrête de pétrir le bazar tu vas nous le ruiner !
- Fais pas chier Marcel, je sais encore faire une boule avec un boudin OK."

 

Francine maîtrise certainement la Play-Doh, n'empêche que là, pour moi, C'est PAS BEAU. Et sacrément inconfortable. Après la première intervention de quasi quatre heures, je me réveille avec une estafilade XXL à l'arrière, le dos étroitisé et cartonné, une banane dure comme la pierre à la place de ma petite pomme souple à droite, le fameux lambeau de peau comme un oeil au milieu de la banane et sous le bras, la queue du fruit fait une bosse.

 

Fin de la première étape de "reconstruction"... Début des anti dépresseurs pour digérer l'infamie.

 

Tout ça pour rien

Un an plus tard

Les nénés sont stabilisés. Reposés tout à fait. A droite, toujours une banane raide comme la mort, mais suffisamment manipulable pour introduire une prothèse. On m'annonce qu'il est envisageable de passer à l'homogénéisation des 2 fruits. Espoirs d'amélioration de mon côté, rien à perdre... Allons-y !

 

Incision sous l'aréole du sein-sain. Introduction d'un premier coussin de gel à gauche. Comment une galette de 8 bons centimètres de diamètre peut passer par un si petit trou ? Grand mystère et boule de gomme qui ne sera pas élucidé aujourd'hui.

 

Ouverture de l'oeil droit du sein rafistolé. Coussin numéro 2, plus petit, glissé dedans et rabotage de la queue de la banane sous le bras. Je me demande bien avec quel outil ils s'y collent.

 

Atelier bricolage au bloc :

"Marcel, qu'est-ce t'as foutu avec ta ponceuse ? T'as vu l' chantier !!!
- Lâche moi le pistil Francine. Je vais la fignoler au grain 600, ce sera nickel."

 

Mouais... Nickel, je ne dirais pas ça non... Il y a du mieux c'est certain : le sein-sain est splendide ! Bien rond-bien plein, comme un néné de jeune fille. Tout à côté du coup, son comparse informe, même amélioré, détonne davantage encore. Rappelez-moi l'objectif de cette nouvelle intervention ?... Homogénéiser ?... Bien... Ben... C'est raté alors.

 

Nous sommes à plus de 3 ans de ce fiasco chirurgical *

Je souffre de vivre depuis, dans un corps qui ne répond plus. Je souffre tous les jours, sans pause, du matin jusqu'au soir. Foutu lambeau dorsal...

 

L'ironie cruelle de toute l'histoire, c'est que la chirurgienne rencontrée à Nantes au printemps m'a parlé de lipofilling, cette fameuse technique qui m'était interdite 3 ans plus tôt. En prime, comme la peau s'est assouplie, elle n'a pas besoin de la greffe réalisée en 2010. Il faudrait retirer l'oeil. Ce con de cyclope mammaire qui me vaut d'être électrisée des terminaisons nerveuses devant, étriquée dans ma propre enveloppe derrière, IL NE SERT A RIEN. C'est ce qui m'a fait pleurer ce jour là pendant la consultation. Ce soir de vous l'écrire, je ne suis pas bien fière non plus. Tant de souffrances depuis 3 ans et pour toujours. POUR STRICTEMENT, ABSOLUMENT, RIEN.

 

 

 

* NDB (Note de bibi) :
Comme je charge la mule, je veux préciser que celle que je baptise ici Francine, est une immense professionnelle à Gustave Roussy. Elle a recommandé et pratiqué la seule technique possible pour moi... à l'époque. Quelques années après, l'évolution de mes muscles, de mes tissus et de ma peau m'ouvre d'autres possibilités chirurgicales. Si j'avais attendu... C'est là le seul reproche que je formule avec le recul sur mon expérience pourrie. On craint tellement pour le moral des "mastectomiées", qu'on s'empresse de les reconstruire à peine amputées. J'aurais mille fois préféré me réveiller asymétrique, conserver les sensations aujourd'hui perdues à tout jamais, prendre le temps de la réflexion... Et peut-être bien ne jamais rien refaire. Rester amputée et intègre, c'est aussi une façon de se reconstruire. Avez vous vu "les amazones s'exposent" ?

 

Partager cet article

Repost 0