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Les crabes dansent au Croisic

Les crabes dansent au Croisic

Je ne guérirai pas, mais je vis gaillardement (la plupart du temps) : FAUT PAS GÂCHER !

Dans la salle d'attente, on attend... Mais pas que !

C'est une pochette surprise, la salle d'attente :

impossible de savoir à l'avance sur qui on va tomber !

De la bourgeoise cintrée dans du vêtement de luxe, du gros débordant du survêtement, du décharné, du pas fin, du pas poli, du qui dit rien, du qui fait du bruit, du franchouillard, de l'étranger, de la petite vieille accompagnée de son petit vieux, de la femme voilée accompagnée elle aussi... et jusque dans le bureau du docteur.

Le 30 mars 2010, la salle d'attente du Docteur Brulé est ... éclectique et néanmoins conforme.

Il y a comme souvent, un couple d’Afrique du nord. Elle a les mains teintes au henné. Elle ne bouge pas, elle ne dit rien. Même le thé dont elle a envie, c’est monsieur qui le demande à la bénévole des Blouses Roses*. Elle ne remercie pas non plus quand on lui amène sur un plateau roulant, jusque devant elle, le verre fumant, la cuillère, le sucre et les petits beurre. Ce n'est sans doute pas de l’impolitesse. Juste une question de culture. Ce n’est pas elle qui parle dans ce couple étrange, c’est tout.

Il y a ce pépé prolixe à la peau tavelée. Il fanfaronne : "je ne comprends plus ma femme depuis les traitements. C'est qu'elle a la gorge et la langue brûlée par les rayons. Et l'audition est atteinte. 50% en moins. C'est un cas unique au monde." Ils ont aussi perdu leur fille à 38 ans, d’un glaucome à la fesse. Bref, c'est LA famille cancer du Guinness Book.

En face de moi, une retraitée élégante souffre comme moi de ces atrocités exposées. Elle porte la main à son visage, en visière. Elle se protège. Ses lèvres remuent et articulent à voix basse des mots qu'elle seule peut entendre. Elle chante ! Elle chante pour couvrir les rodomontades morbides du grand père !

La salle d’attente est toujours le théâtre de quelques hâbleurs.

 

Ca étale sa maladie, ça tartine sa souffrance sur l'assemblée. Pour peu qu'il y ait deux vantards et c'est la grande surenchère du cancer ! Ca se raconte ses misères en long en large et en travers. Ca se montre ses cicatrices. C'est à celui qui sera le cas le plus désespéré.

Bien souvent d'ailleurs, on attrape quelques "perles" au passage, des erreurs grossières. La plus courante étant la confusion entre les grades et les stades de leur cancer. Ils vous assènent sentencieusement qu'il ont une tumeur de grade 3, convaincus qu'ils sont d'être en phase terminale ; quand c'est le stade, qui définit en réalité le degré de propagation de la bestiole dans l'organisme. Je détaillerai cette distinction grade-stade une fois prochaine.

... Comme je reviendrai sur d'autres scènes de salles d'attente pochettes surprise. Je me suis régalée de quelques bonnes pioches ces 5 dernières années !

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