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Les crabes dansent au Croisic

Je ne guérirai pas, mais je vis gaillardement (la plupart du temps) : FAUT PAS GÂCHER !

J'aime la vie !

Dune du Pilat - 30 août 2019

Dune du Pilat - 30 août 2019

Je meurs.
C'est une question de jours.
Tout s'emballe et se précipite. On le sait pourtant, qu'elle est ainsi cette sale maladie. Du répit. Long, parfois. Et paf ! D'un coup, plus le temps de rien parce que le corps lâche. De toutes parts. D'un seul coup.

Je publie cette nuit ce dernier texte.
Trop complet par endroits. Incomplet par d'autres. Inachevé.

Je publie symboliquement cette nuit ce dernier texte inachevé. Comme ma vie. Je le publie aussi parce qu'il célèbre la vie, la liberté, l'énergie, l'enthousiasme, tout ce que je suis. 

Cette nuit, je pense à ma famille, mes parents, mon frère, mes ami(e)s les plus proches. À toi Isabelle bien-sûr. À toi aussi Claire, dernière amitié de mon existence, amitié dense, fidèle, jusqu'aux dernières horreurs subies que tu es venue partager au centre alors que tu souffres du même mal. Je pense à vous trois mes Amours. Jean-Marie, Martin, Pierre, vous me portez depuis toujours. Je pense à toi Julie, moitié de fille pour l'état civil, mais entière dans mon coeur. Vous êtes mon énergie, mon enthousiasme, ma vie. Gardez dans la tête et dans le coeur, une bonne place pour cette maxime, ma maxime depuis que je l'ai lue dans un livre de Philippe Taillez : l'enthousiasme est la seule vertu. En avant la vie mes Amours, en avant.

Alors c'est comme ça ? 
J'écris sérieusement sur un sujet sérieux, le cancer, la mort, j'appelle un chat un chat, les mots ont un sens et je serais à sec, en panne au bord de la route, au ban de la vie ? C'est l'idée que tu te fais de moi aujourd'hui ? 

Que nenni !

Je veux te dire combien je peux être lucide sur mon sort et farcie de ressources encore ! Je veux te dire cette nuit la vie qui me remplit et qui déborde et qui éclabousse et qui gicle et qui en met partout ! La vie libre, débridée, chevaux lâchés, Hue dada, en avant mon Amour, mes enfants en avant les découvertes, l'eau verte, si verte de Ploumanach par 40 mètres, ta main dans la mienne mon Amour, les saints jacques nous lèchent le ventre ! Les requins gris, aussi massifs qu'indifférents à notre plongée dans la passe de Rangiroa, le Pacifique si cristallin que 65 mètres sous la surface, nous voyons encore le fond du zodiac au delà des masques, tu te souviens mon Amour ? La chevauchée dérivante dans le courant dingue des Maldives, installée à califourchon sur ton dos de néoprène, jambes pendantes au dessus des fonds, observatrice tranquille du défilé véloce des coraux et des cailloux.

Hue dada, en avant la vie, l'enfance, les gourmandises, les odeurs de vanille quand ma Mamie de Nouméa cuisine à Véraza, la peau douce et délicieusement flasque de ses bras, comme celle de la murène ! lui ai-je dit un jour et on avait ri. Flasque comme la gelée de pommes de ma Mamie de Plessé ! Bon sang cette gelée, comme elle était bonne, comme elle faisait du bien. Le beurre salé et le chocolat noir Poulain, 2 carrés pas plus, sur les larges tartines de pain frais. Sur la toile cirée de sa cuisine, Mamie coupait des bouchées tout autour dans la croute pour ménager nos jeunes quenottes. Les bols de chocolat Nesquik de Faaa. Bien trop sucrés, mais on en rajoutait  avec mon petit frère, hop ! 2 sucres sur le manche de la cuillère et toboggan ! Et les cratères dans la purée Mousseline, Maman y déposait une noisette de beurre, nous observions la lave chaude et grasse envahir les pentes de nos volcans !

Hue dada, en avant la vie, l'aventure, les explorations le coeur battant dans les acacias denses du terrain vague voisin, les cabanes, les constructions de Papa, un peu partout, dans l'arbre du jardin, accrochées à la clôture, comme ce cockpit de bois plus vrai que nature, face à l'aéroport, face aux avions. En avant les voyages ! Merci Maman, merci Papa pour l'enfance hors normes aux quatre coins de la terre !  La curiosité transmise, l'ouverture, la culture. Tiens, je peux encore sentir l'odeur des vieux livres de mon Grand Père à Font Claire. Le cérémonial  du choix de la prochaine lecture devant le petit meuble du couloir. Maupassant, Une Vie dévorée en une nuit ! Hue dada, en avant la vie dans le ruisseau le lendemain. Les dragues débusquées sous la pierre dans l'eau fraîche, embrochées sans état d'âme, pauvres d'elles, à l'hameçon de nos cannes à pêche. La chasse aux champignons en forêt du Gâvre, l'excitation fébrile devant les Pieds de Moutons charnus débusqués sous la fougère, la bruyère dans le panier de mon Papie, les galettes Saint Michel et l'Oasis orange sur le plaid et sous les chênes.

Hue dada, en avant la vie, les amis, les rires, les embrouilles, puis les rires encore. Le sandwich américain bouchon gratiné sous les filaos de Boucan Canot, la plage chaque dimanche, royaume de notre bande d'ados étalés, affalés et néanmoins très agités. Les canulars téléphoniques, notre émission de radio dans ma chambre de Saint Gilles les Hauts Isabelle, tu te rappelles, sur ma toute nouvelle chaine Sony, toutes mes économies ! Près de 35 ans plus tard, ce soir d'été mémorable sur la terrasse de ton fief à Moliets, la Pena Baiona gaillardement et très librement interprêtée ensemble. Quel rire chaque fois que j'y repense. Plus tard à Paris avec Stéphanie, le karaoké chanté, tonitrué plutôt dans notre micro-artichaut, la juerga madrilène avec Manue, INXS, Simple Minds... C'était nous ! La vie excessivement chouette de nos esprits simples ! C'est pas compliqué d'être heureux.

En avant la vie, la famille, mon Amour, mes petits, mon bonheur avec vous, les bouches à gencives, bien baveuses sur mes joues, petits doigts replets farfouinant mes cheveux, sommeils confiants et lourds dans mon cou, gazouillis joyeux des réveils avec vous.

 .../... 

J'aime la vie. Et la vie m'aime. Elle sait qu'avec moi elle n'est pas laissée de côté, qu'elle est vécue pleine et ronde et croquante et juteuse comme les mangues de l'enfance. 

.../...

Moi si je devais résumer ma vie avec vous aujourd'hui, je dirais ce sont d'abord des rencontres, des gens qui m'ont tendu la main peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j'étais seul chez moi, et c'est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée, parce que quand on a le goût de la chose, le goût de la chose bien faite, le beau geste, parfois on ne trouve pas l'interlocuteur en face, je dirais le miroir qui vous aide à avancer. Alors ce n'est pas mon cas, comme je le disais là, puisque moi au contraire j'ai pu et je dis merci la vie, je lui dis merci, je chante, je danse la vie, je ne suis qu'amour !

Edouard Baer - Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre - 2002

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